© 2016 / Samuel Turpin

Depuis 2008, 26 millions de personnes en moyenne ont dû quitter chaque année leur lieu de vie à cause de la dégradation de leur environnement et de catastrophes naturelles. C'est trois fois plus que les migrations dues aux conflits dans le monde. A cause de la montée des eaux, de sécheresses longues et répétées, de l'acidité des sols, de la fonte de la banquise, de l'appauvrissement ou de la pollution des sols, et de phénomènes climatiques locaux, des millions de personnes se retrouvent sans ressources et se trouvent contraints de changer de vie. 

Les conclusions des travaux scientifiques sur le climat sont sans appel : un réchauffement supérieur à 2°C d’ici la fin du siècle aurait un impact catastrophique sur l’environnement et les activités humaines dans sa globalité. Nous pouvons désormais avec certitude démontrer le lien entre les mouvements migratoires et les effets du changement climatique sur l'écosphère.

Il ne s’agit raisonnablement pas de considérer que le dérèglement climatique soit la cause unique des mouvements migratoires actuels et futurs.  Il est en revanche certain que le stress environnemental joue un effet de levier important sur les autres facteurs politiques, économiques, sociaux, démographiques, et sécuritaires qui poussent à la mobilité les hommes.Tous ces facteurs sont définitivement interdépendants.

 

Entre 2008 et 2014, environ 185 millions de personnes  ont été déplacées pour des phénomènes environnementaux. Plus de 26 millions en moyenne, par an. IDMC/OIM

MIEUX COMPRENDRE

LES MIGRATIONS

Un monde en mouvement

Plus d’un milliard de personnes sont actuellement en mouvement sur la planète, à l’intérieur des frontières de son pays d’origine ou à l’extérieur. Une personne sur sept. Les flux  migratoires actuels obéissent à des formes, des itinéraires et des causes largement plus diversifiés qu’il y a seulement 30 ans.

« On » migre pour des raisons démographiques, politiques, sécuritaires, économiques, sociales, ou environnementales ; de manière temporaire ou définitive ; de manière volontaire ou contrainte ; seul (en support de la famille) ou en famille.

Sans oublier la « migration de confort », à la recherche de conditions plus clémentes pour les jours de sa retraite.

Il est encore aujourd’hui difficile de dénombrer les migrations causées par le seul facteur environnemental. Il est paradoxalement plus facile de « chiffrer » les flux migratoires dans le cas de grandes catastrophes naturelles que dans les cas de phénomènes « à effet lent » (sécheresse, températures extrêmes).

D’abord parce que le phénomène en général n’est pas assez documenté, parce que les pays  -notamment les pays les plus pauvres et qui sont les plus touchés- ne disposent pas des moyens statistiques suffisants, et parce qu’il est également difficile d’isoler le facteur environnemental  comme seule cause de migration. Il est très souvent lié aux autres facteurs –notamment le facteur économique.

Les risques posés par le changement climatique affectent tous les pays et continents. Mais ils affectent plus sévèrement les personnes et les communautés défavorisées, qui manquent d’opportunités et d’alternatives pour s’adapter et résister." IDMC/OIM

Nous savons désormais avec certitude que la crise migratoire que traverse le monde contemporain trouve parmi ses causes des phénomènes liés au changement climatique et son impact sur la transformation rapide de l’environnement. Les effets du changement climatique –même si le récent accord de Paris prévoit de contenir à le réchauffement à +2°C- vont assurément exacerber les phénomènes géophysiques et climatiques à l'échelle de la planète, et jouer un effet de levier sur les autres facteurs de migrations, poussant  à des mouvements de population de masse dans les prochaines décennies.

 

Nous savons également avec certitude que dans un avenir très proche, des populations seront touchées dans leurs habitudes de vie par la montée des eaux, l’érosion côtière, l’acidification des océans, la salinisation des terres, les sècheresses, la disparition des espèces, les catastrophes naturelles géophysiques et climatiques qui se feront de plus en plus aigues.

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En se maintenant à cette stricte vision, le terme de « réfugié climatique » n’est donc pas approprié. Une personne qui quitte son lieu de vie pour des causes environnementales ne peut pas prétendre à un statut de réfugié. UNHCR

MIEUX COMPRENDRE

Une définition difficile

MIGRANTS

CLIMATIQUES

Les migrations humaines ont depuis toujours été liées à l’environnement. Le phénomène n’est pas nouveau. L’Histoire de l’Humanité abonde en effet d’exemples de flux migratoires liés à des phénomènes climatiques et environnementaux. L’Homme s’est progressivement déplacé vers des zones où les conditions climatiques lui étaient plus clémentes, et les ressources naturelles plus abondantes. Mais la prise de conscience politique de l’importance de ce facteur est, elle, très récente.

Elaborées à la fin du XIXème siècle, les premières théories sur les migrations prenaient en compte les conditions environnementales comme « facteur de migration ». Mais ce facteur a rapidement été abandonné des études pour ressurgir seulement au début des années 1990. Les schémas des politiques migratoires restent aujourd'hui encore largement ancrés dans une compréhension binaire : soit les migrants sont contraints de fuir pour des raisons politiques (menaces) et sécuritaires (conflits) et ils peuvent prétendre à un droit d’asile dans un pays d'accueil et une protection internationale sous le statut de « réfugié », soit ils se déplacent dans une démarche « volontaire » (pour des raisons économiques, sociales) et ils ne peuvent alors prétendre à aucun statut de « réfugié ».

 

Cette ligne de partage philosophique et sémantique risque pourtant de ne plus tenir face à la réalité des dynamiques migratoires contemporaines où facteurs environnementaux, économiques, politique et sécuritaires deviennent intimement liés et interdépendants.

Il n’existe pas actuellement de définition légale  et internationalement acceptée d’un « migrant environnemental ». C’est souvent celle de l’Organisation Internationale des Migrations (OIM) qui est la plus utilisée. Elle dénote la difficulté et la prudence en la matière. 

Sont considérés comme migrants environnementaux les personnes ou groupes de personnes qui, essentiellement pour des raisons liées à un changement environnemental soudain ou progressif influant négativement sur leur vie ou leurs conditions de vie, sont contraintes de quitter leur foyer habituel ou le quittent de leur propre initiative, temporairement ou définitivement, et qui, de ce fait, se déplacent de leur pays ou en sortent ». OIM

Cette définition se trouve contestée au sein d’une partie de la communauté académique sur un point car elle englobe, par essence, un grand nombre de personnes et risque donc d’effrayer certains gouvernements et de réduire leur capacité d’accueil et l’effort de lutte collective. La question n’est évidemment pas seulement sémantique. Elle est aussi très politique puisque c’est de cette définition que dépendront les réponses à apporter et les responsabilités des acteurs.

A l’heure actuelle, personne ne se risque à trancher et chacun se satisfait du flou entretenu dans une définition intentionnellement  flexible.

 

Comme effet amplificateur, nous devons également considérer que l’une des stratégies sérieuses d’adaptation aux effets du changement climatique sera l’anticipation et l’organisation de flux migratoires de masse». OIM

La migration est en enjeu politique. Les questions climatiques, environnementales, et l'accès aux ressources naturelles sont également des enjeux majeurs sur l'échiquier géopolitique.

L’analyse chronologique des discours sur les migrations environnementales révèle depuis le milieu du XXème siècle des positions et des constructions politiques très cristallisées, qui ont parfois eu un effet contre productif sur l’opinion publique, laissant une impression de querelles entre chercheurs, sceptiques et « militants alarmistes ». 

MIEUX COMPRENDRE

MIGRATIONS ET

ENVIRONNEMENT

Un enjeu politique

Peut on affirmer que les migrations actuelles sont une conséquence inévitable du changement climatique et de la transformation de l’environnement, avec une situation désastreuse en devenir ?  Pas seulement. Mais il est maintenant établi que les effets du changement climatique vont engendrer des mouvements de population importants.

 

La migration organisée et anticipée peut-elle devenir une solution au changement climatique ? C’est en effet une hypothèse à envisager. Avec le risque, d’un point de vue strictement géopolitique, que ces flux soient catégorisés et instrumentalisés comme une menace pour la sécurité et la stabilité, pouvant conduire à une compétition pour les ressources naturelles, des conflits politiques et sociaux. On ignore dans le débat, et souvent volontairement, les contributions positives des migrants dans les économies locales, et dans leur pays d’origine.

 

« L’organisation » de flux migratoires posera également un nouveau débat : celui de la migration volontaire et la migration forcée. Peut-on forcer philosophiquement une personne à quitter son lieu de vie, parfois ancestral, au mépris de la dimension spirituelle ? Si les migrants sont vulnérables, les personnes qui choisiront l’immobilité le seront assurément davantage. Au risque d’être condamnés. De l’autre côté, on peut discerner comment le processus d’adaptation peut être utilisé à des fins détournées pour pousser au départ des communautés entières non désirées d’un territoire.

Partant des scénarios de simulation du réchauffement climatique, on estime qu'environ 200 millions de personnes seront directement impactées dans leur vie d’ici 2050, et devront se résoudre à migrer."

IDMC/GIEC

 

MIEUX COMPRENDRE

LES MIGRATIONS

DANS L'HISTOIRE

Et Histoire des Migrations