Dpt of Geography, McGill University, Montreal

Climate change vulnerability and adaptation in resource dependent communities: a case study from West Greenland 

En se concentrant sur l'économie de subsistance de Qeqertarsuaq, l’étude souligne que les conditions climatiques changeantes limitent d'une part l'accès et la disponibilité des principales ressources fauniques et exacerbent les dangers de la chasse et de la pêche, tout en créant de nouvelles opportunités.

l'avenir des petites agglomérations a longtemps été débattu au Groenland, avec une politique encourageant le dépeuplement des petites colonies et des investissements largement canalisés vers les grands centres avec leurs fonctions économiques.

Des changements imprévisibles de vents forcent les chasseurs et les pêcheurs à retourner au port par crainte d'être bloqués dans des conditions dangereuses. Malgré les considérations de sécurité, les pressions économiques exercées ont conduit certains à voyager dans des conditions qu'ils auraient autrement évitées. Les conditions climatiques récentes augmentent les pressions exercées sur les chasseurs et les petits pêcheurs déjà sous pression des règlements gouvernementaux, des quotas et des restrictions de permis. La combinaison de ces différents  facteurs ont empêché certains de réparer les équipements endommagés ou de mettre à jour les équipements de sécurité.

Dans le but d'éviter des conditions météorologiques dangereuses dans la baie de Disko, les pêcheurs demandent des permis pour pêcher plus au nord dans la région d'Upernavik ou au sud près de Sisimiut. Les limitations spatiales imposées aux licences restreignent la mobilité des pêcheurs qui souhaitent profiter des conditions favorables dans les districts voisins. Les déplacements à l'extérieur de la municipalité pour pêcher exigent du carburant supplémentaire et de plus gros bateaux adaptés au voyage de nuit en pleine mer, ce qui nécessite des coûts supplémentaires. Acquérir des bateaux plus grands exigent des investissements en capital beaucoup plus importants pour l'achat et l'exploitation, bien qu'ils puissent également tirer des quantités beaucoup plus importantes de poisson. Ces règlements limitent le revenu possible généré par la chasse et la pêche non professionnelles, ce qui constitue une source importante de conflit au sein de la communauté et à travers le Groenland.

Ils découragent également les chasseurs professionnels de rechercher des sources d'emploi secondaires, car ces changements nécessiteraient la transformation de leur licence en statut non professionnelle, avec tous les inconvénients. De nombreux pêcheurs ont également exprimé au cours de l’étude le désir de moderniser les équipements de sécurité et de diversifier les équipements de chasse et de pêche pour mieux exploiter la période hivernale ou les eaux restent libres (non gelées), par exemple en achetant des bateaux plus gros. Une des conséquences du Home Rule a été la promotion du développement  par un modèle industriel en tant que clé de voute de la construction de la nation, dans le but ultime de parvenir à une indépendance totale vis-à-vis du Danemark (Nuttall 2008, 2009, Sejersen 2009). Cela se reflète dans la position des autorités sur le changement climatique, où les opportunités économiques (exploitation minière, pétrolière et gazière) provoquées par les changements de régime des glaces et la fonte de la calotte glaciaire ont été largement encouragés. Dans ce cadre, les avantages à plus grande échelle du changement climatique l'emportent sur les implications négatives pour les petits établissements basés sur les ressources, renforçant l'accent mis par HRG sur le développement économique.

Cependant, les communautés ne sont pas des victimes impuissantes face aux changements climatiques et s'adaptent de nombreuses façons. Cela implique de tirer parti des nouvelles opportunités, comme l’acquisition de plus gros bateaux ou l’adaptation de l'usine locale à la pêche aux crabes des neiges qui permet de prolonger la saison d'exploitation lorsque la banquise est encore fine. Pour d'autres, les adaptations impliquent des modifications du comportement telles que le changement de l'emplacement de vie, le changement de calendrier ou les espèces récoltées; gérer les risques grâce à l'utilisation de nouveaux équipements; et aussi une acceptation du risque. Cette flexibilité est basée d’abord sur les connaissances environnementales et les compétences de la nature de la part des Inuits, qui ont su évoluer dans le contexte de la variabilité climatique historique. Certains ont commencé à travailler dans le secteur du tourisme, menant des excursions en traîneau à chiens sur le glacier Lyngemark à proximité. L’activité saisonnière du tourisme peut en effet assurer un complément à ceux qui souhaitent rester actifs d’abord en pratiquant la chasse et la pêche. Cela  procure également une occasion régulière de faire travailler les chiens de traîneau durant les mois d'été. Cependant, les opportunités de tourisme dans les petits villages sont peu nombreux et exigent un minimum de compétences en anglais ou en danois que les chasseurs et les pêcheurs n'ont pas toujours. Les règlements sur la chasse et la pêche et les quotas d'exploitation ont toujours été identifiés comme une capacité d'adaptation contraignante. Les chasseurs et les pêcheurs à temps plein ont exprimé leur frustration à l'égard des restrictions de revenu qui limitent également leur capacité de trouver un travail salarié à temps partiel.

Les femmes interrogées à Qeqertarsuaq déclarent pouvoir trouver un emploi dans la communauté et ainsi soutenir les moyens de subsistance de leurs partenaires chasseurs ou pêcheurs. Mais le manque d'opportunités a aussi encouragé une émigration des femmes éduquées d'autres communautés côtières. Les répondants ont mis l'accent sur la liberté croissante et le choix pour les femmes au cours des dernières années, en associant ces possibilités directement au niveau d’éducation. Enfin, les Inuits interrogés perçoivent également la présence de la banquise comme une contribution positive à leur santé mentale et à leur sentiment de bien-être, et décrivent  un sentiment croissant d'isolement sur l'île de Disko durant les périodes qui ne permettent aucune navigation, soit par bateau soit par traineaux ou snowmobile.