GROENLAND : Histoire contemporaine

 

Le Groenland, en groenlandais Kalaallit Nunaat, a été habité pendant au moins les 4 500 dernières années par des peuples de l'Arctique dont les ancêtres ont migré depuis ce qui est aujourd'hui le Canada.

Quatre dynasties (Saqqaq, Independance I et II, Dorset) se sont succédées avant l’arrivée de Vikings à partir du xe siècle. Ils se sont installés dans la partie sud (alors inhabitée) du Groenland, y fondant des colonies médiévales qui n'auraient pas dépassé 2 000 habitants. Ils ont disparu aux environs de l'an 1500 après J.C, vraisemblablement par un manque d’adaptation de leur mode de subsistance basée sur l’élevage et l’agriculture. Les peuples inuits actuels sont arrivés au XIIIe siècle.

Le Royaume du Danemark et de Norvège, alors fusionné, a revendiqué le Groenland pendant des siècles, avant que la Norvège, affaiblie lors de la dissolution de l’Union du Royaume, ne perde sa souveraineté sur le territoire groenlandais au profit du Danemark en 1814. Le Groenland devint alors une colonie danoise, puis une partie de la Communauté du Royaume de Danemark en 1953

La colonisation

A partir du XVIIe siècle, de nombreux baleiniers hollandais, allemands et anglais arrivèrent sur la côte méridionale du Groenland où une intense compétition s'installa. Commencèrent un pillage effréné des ressources naturelles groenlandaises, des exactions sur les populations locales, la transmission de maladies dont la tuberculose qui ne sera éradiquée que dans les années 1960. Hans Egede, un pasteur norvégien, organisa les premières expéditions d'évangélisation en 1721, et l'établissement de comptoirs commerciaux le long de la côte, marquant ainsi le début de la colonisation danoise et un monopole sur le commerce qui ne sera aboli qu’en 1950.

Si les conditions de santé et d'éducation de la population furent considérablement améliorées durant la période coloniale, les peules autochtones ne jouissaient d’aucune représentation ou consultation dans les décisions politiques et économiques de leurs terres. Il faudra attendre 1862 pour voir les premières élections régionales.

La seconde guerre mondiale puis la guerre froide ont permis au Groenland d'acquérir une importance stratégique sur l’échiquier géopolitique. Situé à la croisée des ports américains et soviétiques chargés de surveiller l'Arctique et l'Océan Atlantique, le Groenland représentait un point d’observation majeur des axes maritimes militaires et commerciaux, et pour la surveillance de missiles balistiques intercontinentaux.

En 1951, un traité signé avec les États-Unis place le Groenland dans une zone militaire de l'OTAN dont la défense devait être assurée conjointement par le Danemark et les États-Unis. En 1953, alors que le Groenland devient officiellement une province danoise (et non plus une colonie) les Inuits de la région de Thulé furent forcés par le Danemark de quitter la zone pour permettre l'extension d’une base américaine stratégique, devenue tristement célèbre en 1968 après qu’un B-52 américain transportant quatre bombes à hydrogène s'écrasa près de la base, répandant de grandes quantités de plutonium sur la glace. Bien que la majeure partie du plutonium ait pu être récupérée, les Inuits parlent toujours des malformations dont souffrent encore certains animaux. Cette base est devenue une source de frictions entre le gouvernement danois et les Groenlandais Il est aujourd’hui question que Thulé devienne un centre international de surveillance et de suivi satellitaire, placé sous l'autorité des Nations unies. Les États-Unis souhaiteraient, eux, pouvoir y installer une station de leur bouclier anti-missile.

Le Groenland est la deuxième plus grande île du monde (environ 5 fois la France). Bien qu'appartenant physiographiquement au continent nord-américain, le Groenland a été politiquement et culturellement associé à l'Europe — en particulier à la Norvège et au Danemark, les puissances coloniales, ainsi qu'à l'île voisine d'Islande — pendant plus d'un millénaire. Avec une population de 55 847 habitants au 1er janvier 2016 (près de 65% en zone urbaine), il est le pays le moins densément peuplé au monde.

Le Groenland, littéralement " terre verte ", est recouvert à 81% par une calotte glaciaire (inlandsis) qui peut atteindre 3kms d’épaisseur. A cause du poids de la glace, la croûte terrestre s'est enfoncée de 800 mètres ; ce phénomène appelé isostasie s'inverserait depuis les 10 dernières années, tel un bouchon maintenu dans l'eau puis relâché, lorsque la calotte fond. L'inlandsis représente un volume global de 2 millions de km3 cubes de glace, soit 10% de l'eau douce à la surface du globe (le reste est presque totalement occupé par la calotte de l'Antarctique excepté 2% pour les lacs et les fleuves des autres continents).

Vers l'autonomie politique

Le Groenland a rejoint la Communauté européenne en 1973 (en dépit d'un fort rejet des Groenlandais- 75%) mais s'en retira en 1985 suite à une controverse concernant l'économie piscicole et les quotas de pêche, ce qui reste un cas unique en ce jour avec le récent " brexit " britannique. Le fait d'être membre de l'Union européenne permettait en effet aux pêcheurs européens de venir dans les eaux groenlandaises, ce qui défavorisait les pêcheurs locaux. Depuis lors, les relations avec l'Union européenne sont basées sur des accords spéciaux.

A la demande des partis politiques groenlandais, une commission paritaire dano-groenlandaise fut créée en 1975 en vue de définir le cadre d'une autonomie territoriale. En 1978, le parlement danois accorda cette autonomie (Home rule) qui entra en vigueur après l'approbation des Groenlandais par référendum, le 17 janvier 1979. La gestion des communes revint au Groenland. A partir de 1980, ce fut le tour de l'enseignement, de l'Église, du fisc, des affaires sociales, puis de la santé à partir de 1992. En 2008, les Groenlandais approuvèrent par référendum (75%) un plan pour une plus grande autonomie, incluant un contrôle accru des ressources naturelles et l'adoption du kalaallisut  comme principale langue officielle. Ce plan fut approuvé par le gouvernement danois en juin 2009.

Depuis cette date, le gouvernement local (naalakkersuisut) est responsable de l'administration centrale (l'éducation, la santé, les pêcheries, l'environnement...) sous la direction d'un Premier ministre. Mais certains domaines relèvent toujours de l'autorité danoise : la justice et la police, la défense et la sécurité nationale, les secteurs financiers et monétaires, le droit civil (famille et succession) et les affaires étrangères. Cependant, le Groenland peut être représenté dans certains pays ou institutions ayant un intérêt commercial pour l'île. Ainsi, une représentation a été établie avec l'Union européenne en 1992 et le Groenland garde des liens directs étroits avec les pays nordiques et arctiques.

Les élections locales qui suivirent la déclaration de l’autonomie renforcée se soldèrent par une victoire du parti de gauche Inuit, Ataqatigiit, après plus de 30 ans de gouvernance du parti Siumut. Mais les élections de 2013 virent le retour du parti historique à la tête d'un gouvernement de coalition. Aleqa Hammond devint la première femme Premier Ministre mais fut suspendue l’année suivante en raison d'un scandale financier, donnant lieu à de nouvelles élections anticipées qui ont contraint le gouvernement sortant (Siumut) à former une coalition avec les partis Demokraatit et Atassut. 

Aperçu des Partis Politiques

Le Parti Siumut (En avant), est le premier parti politique inuit fondé en 1977. Il dirigea le pays durant 30 ans, avant l’alternance de 2009. Siumut revint au pouvoir en mars 2013. Le parti, sous une étiquette social démocrate, prône une forte autonomie dans le présent et l'indépendance à long terme.

Le Parti Inuit Ataqatigiit (IA) (Communauté Inuite) est un parti à l'origine socialiste et d'orientation indépendantiste. Le parti est né fin des années 1970, suite à la radicalisation de la jeunesse groenlandaise en quête de reconnaissance des particularismes Inuits. Il souhaite faire du Groenland un État indépendant axé sur une collaboration accrue avec la fédération des peuples circumpolaires. Il gouverna en cohabitation avec Siumut de 2005 à 2009, puis seul de 2009 à 2013.

Le Parti Demokraatit (Les démocrates), est un parti social libéral fondé en 2002. Il fut considéré comme la troisième force politique du pays après les élections législatives anticipées de 2014, remportant 4 sièges au Parlement.

Le Parti Atassut (Connexion) est un parti politique libéral qui fait parti de la coalition gouvernementale actuelle. Ce parti conservateur attaché au Danemark draine un électorat surtout auprès des fonctionnaires, artisans, commerçants et entrepreneurs.

Le Parti Inuit. Parti de gauche, indépendantiste, fondé en 2013 par des ex-dirigeants du parti Ataqatigiit, déçus de la politique de leur parti. Ils obtiennent 2 députés au parlement à leur fondation et les perdent ensuite aux élections de 2014.

Le Parti Naleraq. Dernier parti à avoir été fondé en 2014 par l'ancien Premier ministre de Siumiut, Hans Enoksen. Il regroupe les indépendantistes les plus radicaux de l'échiquier politique groenlandais. Il défend une politique qui permettrait de " donner des opportunités égales " à toute la population et dans toutes les régions en terme de développement économique et de services sociaux, et s’affiche comme des fervents défenseurs de la pêche et de la chasse. En 2014, le parti obtient trois députés au parlement grâce à ses 11,6%.

Sources
Greenland Benchmarking Report 2016 - Arctic Cluster or Raw Material
* Why the Vikings struggled in Iceland and Greenland, and some didn’t make it - Becky Little
* Populationdata.net
* Wikipedia - Groenland
*Le Groenland.fr
* Universalis.fr